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3 mars 2005
L'Arbre aux branches coupées
 

L'âme russe

Manon Dumais

Dans L'Arbre aux branches coupées, Pascale Ferland donne la parole à deux laissés-pour-compte du régime soviétique qui trouvent leur bonheur dans la peinture. Bouleversant et révoltant.

Deux ans après L'Immortalité en fin de compte, qui présentait trois créateurs d'art brut québécois, Pascale Ferland revient en force avec un deuxième long métrage documentaire, L'Arbre aux branches coupées, où elle dépeint avec une sensibilité et une sobriété remarquables le triste sort de deux peintres russes.

Expulsé de l'armée rouge à cause de ses idées subversives, Alexeï Yakovlevitch Sizov est forcé de devenir garde-forestier; luttant toujours contre l'injustice sociale, il raconte ses souvenirs par le biais de toiles naïves aux couleurs vibrantes.

Pour sa part, Alexeï Ivanovitch Kansturov, maçon à la retraite, vit dans une chambre insalubre depuis 1968, bien qu'on lui ait promis un appartement après cinq ans de service; vivant dans la crainte de devenir un sans-abri, il fuit la triste réalité dans la peinture.

Avec un regard empreint d'humanisme, lequel n'est pas sans rappeler celui d'un Benoît Pilon (Roger Toupin, épicier variétés), la jeune documentariste trace un portrait inquiétant d'une Russie qui n'a pas su s'adapter à la démocratie, sans jamais tomber dans le misérabilisme ni la complaisance.

Précédant la projection du documentaire de Pascale Ferland, Après le déluge. Écrite, montée et réalisée par Fernand Bélanger, Louise Dugal et Yves Angrignon, cette " vue animée " se veut une ode à la toute puissance de l'eau, source de vie et de mort. Joli et inspiré.




L'Arbre aux branches coupées de Pascale Ferland:
un regard empreint d'humanisme sur les lendemains difficiles
de la chute du communisme.




Criant de vérité et de sincérité

Pascale Ferland nous livre avec ce documentaire un témoignage poignant sur l'existence précaire et marginale de l'artiste dans la Russie d'aujourd'hui. Le pays de Poutine n'est plus celui où l'on glorifiait la culture et les artistes qui permettait son rayonnement. Poètes, peintres, danseurs, chanteurs, autrefois ciment de la société, sont désormais condamner à une vie d'errance et de pauvreté. Si l'art contribuent depuis toujours au prestige du pays à travers la reconnaissance internationale de ses artistes de renom, il en est tout autrement de ces artistes peu connus qui persévère malgré la misère qu'impose leur état dans la pratique d'un art qui n'est plus que survie. Le portrait de ces deux hommes que nous dépeint respectueusement Pascale Ferland est des plus révélateur. Il ouvre la porte sur le monde des oubliés. Un monde que l'on tait au risque d'y trouver trop de vérité. Dans la Russie d'aujourd'hui où l'on cherche à bannir toute idée de discidence, de différence, de pauvreté, de laideur, de vieillesse, «L'arbre au branches coupés» vient offrir l'image de la réalité. Pour avoir passé un mois en Russie l'année dernière, je peux vous dire que l'exploit qu'elle a accompli est de taille. La fierté du peuple russe fait trop souvent disparaitre les désillusions et la tristesse qui les alimentent au quotidien. J'ai été touchée par la sensibilité avec laquelle ces deux hommes parle de la déchéance de leur génération et s'y compromette eux-mêmes sans perdre de leur dignité. Chapeau Mlle Ferland, s'il est ambitieux de prétendre que vous ayez pu saisir l'âme russe, vous avez certes su capter l'âme de ces deux hommes....

Julie St-Pierre



Russie aux mille visages

La culture russe est vraiment empreinte de paradoxes; une société millénaire qui est restée attachée aux valeurs du passé et qui n'a pas su s'adapter à la démocratie en même temps que l'un des plus grands pays du monde! Ainsi, le sort de ces deux peintres issus du soviétisme est loin d'être enjoleur. «L'Arbre aux branches coupées» se plait donc à suivre ces deux êtres à travers leurs peintures. Un film touchant en même temps qu'un portrait plus vrai que nature de cette Russie de romans. À voir, sans nul doute!

Marie-Josée Archambault


L'Arthérapie

Je n'ai pas réellement connu la période de la Guerre froide, mais j'en ai entendu grandement parlé par mes parents et ma grand-mère. Chose certaine, nous avons été endoctrinés ici en Amérique du Nord à détester tout ce qui venait de l'URSS.

De l'autre côté de l'Atlantique, le régime communiste a sévi laissant son lot d'injustice sociale. Si on peut croire qu'ici aussi notre « démocratie » a entraîné son lot de pauvreté, imaginé ce qu'ont pu vivre ces gens idéalisés à un nivellement de la pensé et de la richesse se retrouvant du jour au lendemain devant une idéologie déchue, sans le sou, ayant laissé une très grande partie de la population Russe dans une pauvreté invraisemblable. Pourtant, on leur avait promis mer et monde. Ainsi, c'est avec deux laissés pour compte de la société russe que Pascale Ferland nous fait découvrir comment Sizov et Kantsurov ont vécu leur vieillesse à faire de l'art naïf qui, je le crois, leur a permis de passé au travers de bien des tempêtes depuis la chute du régime communiste.

À voir absolument.

Steve Marsan