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René Bail
Montréal
né en 1931

Kantsourov



René Bail, cinéaste de l’ombre, a profondément marqué ses contemporains (Claude Jutra, Gilles Groulx, Gilles Carle, Guy L. Côté, Michel Brault, André Pâquet, Jean Pierre Lefebvre, Jacques Leduc, Robert Daudelin, etc.). C’est avec des moyens très limités que, dans les années cinquante, le jeune cinéaste réalise des expériences qui s’avèrent les premiers balbutiements de ce qui s’affirmera ultimement comme la tradition du cinéma direct au Québec.

Puisque l’enseignement cinématographique est inexistant à l’époque, René Bail, avec passion et discipline, entreprend très tôt sa formation de façon autodidacte. C’est en visionnant les films hollywoodiens des années quarante et cinquante à répétition, trois jours par semaine, entre 13 heures et 23 heures, que le cinéaste en herbe arrive à mémoriser toutes les répliques des films mais, également, tout le découpage technique et le montage. Les films américains, qui occupent presqu’en totalité les salles du marché « canadien-français », contribuent donc largement au développement de l’imaginaire du cinéaste ainsi qu’au développement de son langage cinématographique.

Ainsi, durant les années cinquante, René scénarise, réalise, monte, sonorise, produit, filme et développe lui-même une dizaine de films. Il dirige, par ailleurs, des acteurs non professionnels de façon novatrice et, par son approche avant-gardiste du tournage, qui se rapproche du cinéma direct encore à naître, il suscite l’admiration de cinéastes importants tels Jutra, Carle, Labrecque, Lefebvre, etc. Par leur liberté de ton, les scénarios du jeune cinéaste se révèlent dérangeants, ce qui ne manque pas de plaire à l’élite cinématographique de l’époque.

Avec le succès inattendu des Désœuvrés (1959), un film qui, selon lui, n’est pas terminé, René Bail accomplit son entrée dans l’histoire du cinéma québécois.

Malgré le succès notable qu’il obtient avec ce film, le cinéaste décide de prendre un peu de recul pour se consacrer à la moto, une passion nouvelle qui aura tôt fait de l’accaparer tout entier. Durant cette période, qui s’échelonne sur douze ans, René n’abandonne toutefois pas complètement sa première passion. Il termine un long métrage expérimental, Chantier, entamé en 1956. Il est également engagé par Gilles Carle comme monteur sur quelques publicités et films. Enfin, il se consacre à l’écriture d’un immense scénario (plus de 1600 pages) en trois volets (KLG 80) et d’un manifeste (Manifeste pour un cinéma libre).

Puis, en 1972, distrait par une publicité d’un type nouveau sur l’autoroute, le cinéaste subit un tragique accident qui lui laissera de graves séquelles. Brûlé au troisième degré sur plus de 65% du corps, il prend plus d’un an et demi à se remettre sur pied.

Pendant sa convalescence, René rêve de terminer Les Désœuvrés qui, dans sa version actuelle, ne correspond pas à l’œuvre parfaitement réfléchie qu’il avait couchée sur papier. Pour de multiples raisons le projet s’avère toutefois impossible. Entre autres, René ne retrouve plus les éléments originaux du mix final. Mais en 2003, coup de théâtre, la Cinémathèque québécoise retrouve les bandes sonores originales et, à 71 ans, le cinéaste peut enfin aller au bout de son idée. Les désœuvrés sera donc terminé selon les intentions de son auteur.