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pascale ferland, réalisatrice :


Mon premier long métrage documentaire, L’Immortalité en fin de compte (2003), témoignait de mon intérêt pour l’art brut et la culture populaire au Québec. Mais plus encore que sur les œuvres, mon regard se portait naturellement sur les personnes, sur ces individus aux prises avec une ardente obsession créatrice qui ne manque jamais de déranger et qui, trop souvent, les condamne à la relégation.

Déjà à cette époque, je m’interrogeais sur l’évolution des créateurs d’art brut en ex-Union soviétique. L’art brut étant issu des couches populaires, il me semblait pouvoir s’inscrire dans l’idéologie de la Russie socialiste. J’ai donc voulu pousser plus avant ma recherche. Je savais que je trouverais de l’art brut dans ce pays, mais à quoi pouvait-il ressembler? Était-il un produit récent, une conséquence inéluctable de l’ancien régime, ou au contraire, existait-il depuis toujours?

Les découvertes que j’y ai faites sont étonnantes. L’art, privilégié par les autorités soviétiques, visait à stimuler l’intellect de l’individu afin d’augmenter sa productivité au travail. Aujourd’hui, les réserves de la Maison populaire, ce lieu où jadis on invitait les ouvriers à la création, sont remplies à craquer d’une collection d’art prolétaire que d'aucuns envieraient. Les gens âgés qui continuent de fréquenter cet atelier instauré par l’ancien régime, constituent un puissant miroir de la nouvelle réalité, un reflet criant de la société qui les a engendrés. Certains ne mangent pas à leur faim, alors que d’autres n'arrivent tout simplement à s'adapter au nouveau régime, auquel ils n'entendent rien. Cependant, même s’ils vivent dans des conditions précaires, ils arrivent, pour la plupart, à s’en sortir en s’investissant dans cette voie de l’art. Leur situation sociale devient donc un moteur important de leur création artistique.

C’est par le biais de cette Maison populaire que j’ai rencontré les deux personnes présentées dans ce film. Elles ont en commun d’avoir vécu la plus grande partie de leur vie sous le régime communiste, et d’avoir trouvé leur bonheur grâce à l’art. Les récits de vie qui nous sont racontés varient d’un artiste à l’autre. L’un a vécu de façon tragique la chute du régime soviétique, tandis que l’autre, heureux de ne plus servir dans l’armée rouge, dénonce activement la situation sociale et politique en Russie. Encore une fois, il ne s’agit donc pas d’un travail sur l’art comme tel, mais d’un regard sur les individus eux-mêmes. Car, il faut le souligner, Alexeï Ivanovitch et Alexeï Yakovlevitch rencontraient une « étrangère » pour la première fois. Ils avaient des choses à dire, à dénoncer, qui ne s’articulaient pas nécessairement autour de mon idée de départ. En outre, j’avoue que jamais je n’aurais pu prétendre être documentariste si je ne leur avais pas laissé ce droit à la parole, ce droit qu’on leur donnait enfin de raconter eux-mêmes, au monde entier, ce qu’ils avaient vécu.

J’ai été bouleversée par leur récit et par leur intensité. Les personnes âgées gardent en elles des histoires extraordinaires. Elles sont les témoins privilégiés de l’histoire du monde. À travers leur récit, et avec beaucoup d’écoute, j’espère avoir réussi à vous transmettre la valeur de leur message.


Pascale Ferland

Pascale Ferland

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Pascale Ferland est née à Joliette, au Québec. En 1995, elle termine des études en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal. Après avoir réalisé quelques courts métrages expérimentaux, elle s’intéresse au documentaire, un genre qu’elle explore depuis 1999. En 2003, elle signe un premier long métrage, L’Immortalité en fin de compte, finaliste pour le Jutra du meilleur documentaire et deuxième film d’une série portant sur l’obsession créatrice. Abordant la même thématique, L’Arbre aux branches coupées (2005) sera remarqué par la critique et présenté dans plusieurs festivals nationaux et internationaux. Elle entame actuellement un nouveau documentaire, Les idées croches, portant sur René Bail, l’un des premiers cinéastes indépendants au Québec. Parallèlement à son travail de création, elle se dévoue à la cause du cinéma indépendant et, en 2005, fonde et administre avec d’autres collègues Les Films du 3 mars, une société de distribution associative. En 2006, elle se mérite le prestigieux prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton du Conseil des Arts du Canada, récompensant le talent exceptionnel d'artistes à mi-carrière.